Est-il possible de compenser les heures d’absence par des heures supplémentaires d’un employé ?
L’une des questions les plus fréquentes et les plus complexes en droit du travail concerne le calcul des jours de travail et du salaire mensuel : que se passe-t-il lorsqu’un employé effectue des heures supplémentaires certains jours, mais ne complète pas le quota d’heures quotidiennes standard d’autres jours ? De nombreux employeurs ont tendance à supposer qu’il est possible de simplement compenser « heure pour heure » (une heure d’absence contre une heure supplémentaire). En revanche, de nombreux employés soutiennent qu’ils ont droit à une rémunération complète pour les heures supplémentaires effectuées, indépendamment des absences durant d’autres parties du mois.
Le Tribunal national du travail s’est penché précisément sur cette question et a établi des règles claires et sans équivoque concernant la manière dont il est permis (et interdit) d’effectuer une compensation entre heures d’absence et heures supplémentaires.
Quels sont les faits dans l’affaire examinée par le tribunal ?
Dans l’affaire portée devant le tribunal, un employé a déposé une plainte contre son ancien employeur (après deux ans d’emploi) pour non-paiement de la rémunération des heures supplémentaires. Lors de l’examen des faits, un scénario courant s’est révélé :
Certains jours, l’employé a effectué des heures supplémentaires au-delà du standard.
D’autres jours, l’employé est arrivé en retard, est parti tôt ou n’a pas complété le quota d’heures de travail quotidiennes.
Dans le cadre de la procédure judiciaire, plusieurs questions clés se sont posées :
Est-il même permis d’effectuer une compensation interne entre les heures excédentaires et les heures d’absence ?
Selon quelle méthode faut-il effectuer la compensation ? Une compensation technique du nombre d’heures, ou une compensation financière ?
Quelle est la période autorisée pour la compensation ? Est-il possible de compenser au niveau hebdomadaire, mensuel, ou même entre différents mois ?
Décision du Tribunal national du travail : les règles principales
Le Tribunal national du travail a établi deux principes fondamentaux qui guident aujourd’hui le domaine du droit du travail concernant la compensation des heures :
1. Compensation selon la « valeur de l’heure » et non compensation quantitative (1:1)
Le tribunal a précisé qu’il est interdit d’effectuer une compensation technique/quantitative d’heure pour heure.
Conformément à la loi sur les heures de travail et de repos et à la loi sur la protection du salaire (article 5), chaque type d’heure a une valeur financière différente :
Heure d’absence : équivaut à la valeur d’une heure de travail régulière (100 %).
Heure supplémentaire : équivaut à la valeur d’une heure de travail majorée (125 % pour les deux premières heures supplémentaires par jour, et 150 % à partir de la troisième heure et au-delà).
Quelle est la signification de cela ? Si un employé a effectué une heure supplémentaire (donnant droit à 125 %) et un autre jour a manqué une heure de travail (100 %), l’employeur n’est pas autorisé à annuler ces heures l’une contre l’autre. La compensation doit être effectuée sur la base de la valeur financière des heures : l’employeur est tenu de payer l’heure supplémentaire à 125 %, et est autorisé à déduire du salaire de l’employé une heure d’absence à 100 %. Résultat : l’employé a toujours droit à un supplément de 25 % pour cette heure.
2. Base de calcul : mensuelle uniquement (pas de compensation entre les mois)
Une autre question centrale concernait la période durant laquelle la compensation peut être effectuée. Le Tribunal national a établi :
La compensation est autorisée sur une base mensuelle : il est possible d’effectuer la compensation financière entre heures supplémentaires et heures d’absence qui se sont produites au cours du même mois calendaire.
Interdiction de compensation entre les mois : il n’est pas possible de compenser les heures d’absence d’un mois donné contre les heures supplémentaires effectuées un autre mois. Chaque mois de travail constitue une unité de calcul distincte et fermée.
Exemple pratique de calcul correct de compensation des heures
Pour comprendre comment le principe est appliqué en pratique, voici un exemple simple :
Données : au cours d’un mois donné, l’employé a manqué 5 heures standard (heures d’absence), et en parallèle a travaillé 5 heures supplémentaires au tarif de 125 %.
La méthode illégale (compensation technique) : l’employeur annule 5 heures contre 5 heures et paie uniquement le salaire de base régulier. Il s’agit d’une compensation invalide !
La méthode légale (compensation selon la valeur de l’heure) :
Calcul des heures supplémentaires : 5 heures × 125 % = valeur de 6,25 heures régulières.
Calcul des heures d’absence : 5 heures × 100 % = valeur de 5 heures régulières.
Résultat final : l’employé a droit à un paiement supplémentaire d’une valeur de 1,25 heure régulière (la différence entre le tarif majoré et la déduction régulière).
Résumé et recommandations pour les employeurs et les employés
| Pour les employeurs | Pour les employés |
| Assurez-vous que le logiciel de présence et de paie calcule la valeur de l’heure majorée et n’effectue pas de compensation quantitative automatique de 1:1. | Vérifiez votre bulletin de salaire : assurez-vous que les heures supplémentaires que vous avez effectuées sont rémunérées selon le tarif légal (125 %/150 %) même si vous avez eu des heures d’absence au cours du même mois. |
| Veillez à la séparation mensuelle : n’essayez pas de compenser une dette d’heures du mois précédent contre les heures supplémentaires du mois en cours. | Suivez les rapports de présence : attribuez les heures d’absence et les heures supplémentaires au mois spécifique durant lequel elles ont été effectuées. |
| Tenez un registre de présence précis : la charge de la preuve concernant les heures de travail incombe dans la plupart des cas à l’employeur. | Consultez un expert : en cas de soupçon de compensation illégale, il est recommandé de consulter un avocat spécialisé en droit du travail. |
En résumé :
Le Tribunal national du travail autorise la compensation entre heures d’absence et heures supplémentaires, mais uniquement si elle est effectuée sur une base mensuelle et en préservant la valeur financière de l’heure due à l’employé conformément à la loi.







