Un bail de 999 ans équivaut-il à un droit de propriété ?
Un bail de 999 ans équivaut-il à la pleine propriété d’un bien immobilier ? Que se passe-t-il lors de la démolition d’un bâtiment et de la construction d’une tour résidentielle ? Analyse de l’arrêt CA 297/16 et ses implications sur les droits de construction futurs dans le cadre du renouvellement urbain.
Introduction : le mythe autour du bail de 999 ans
Parmi le grand public, il existe parfois la perception qu’un bail de 999 ans équivaut absolument à un droit de propriété sur un bien immobilier. Le sentiment est qu’une période aussi longue confère au locataire l’intégralité des droits sur le terrain, exactement comme un propriétaire enregistré.
Toutefois, lorsqu’un tel bien fait l’objet d’un projet de renouvellement urbain, de démolition d’un bâtiment ancien ou d’un nouveau plan d’urbanisme (TAMA), la question juridique critique se pose : qui a le droit de recevoir les droits de construction futurs sur le terrain ?
Un arrêt majeur de la Cour suprême (CA 297/16 Tziona Schlossberg et autres c. Yaffa Hod et autres) clarifie la question et précise qu’un bail à long terme ne doit pas être considéré comme une propriété automatique à tous égards.
Contexte juridique : bail à long terme versus pleine propriété immobilière
Pour comprendre le litige, il est important de distinguer entre les deux droits :
Droit de propriété (article 2 de la loi sur les biens immobiliers) : le droit le plus général et le plus complet de détenir un bien immobilier, de l’utiliser et d’effectuer toute transaction le concernant, sous réserve des limitations légales.
Droit de bail / bail à long terme (articles 3 et 78 de la loi sur les biens immobiliers) : un droit de location pour une période prolongée (plus de 25 ans). Par le passé, les entreprises et les particuliers ont utilisé des contrats de bail de 999 ans, notamment pour contourner les restrictions légales (telles que l’impossibilité de transférer la propriété d’une partie spécifique d’une parcelle conformément à l’article 13 de la loi sur les biens immobiliers).
Bien qu’une période de 999 ans semble être une « propriété de facto », d’un point de vue juridique, c’est le contrat de bail qui définit la nature et l’étendue des droits.
Cas d’étude : CA 297/16 Tziona Schlossberg c. Yaffa Hod
Faits de l’affaire
Sur un certain terrain se trouvait un ancien bâtiment.
Pour l’un des appartements du bâtiment, un contrat de bail d’une durée de 999 ans avait été signé par le passé.
Par la suite, un nouveau plan d’urbanisme (TAMA) a été approuvé, permettant la démolition de l’ancien bâtiment et la construction d’une tour résidentielle de 24 étages à sa place.
Point de litige : comment les droits dans la nouvelle tour seront-ils répartis ?
Avec l’approbation du plan et l’augmentation significative des droits de construction, une question s’est posée concernant la part de la nouvelle tour à laquelle ont droit les titulaires du bail de 999 ans :
Option A (position des propriétaires) : les locataires ont droit de recevoir dans la nouvelle tour uniquement un appartement d’une superficie identique à celle de leur appartement d’origine dans l’ancien bâtiment.
Option B (position des locataires) : le bail de 999 ans équivaut à la pleine propriété, et par conséquent les locataires ont droit à une part proportionnelle de l’ensemble des nouveaux droits de construction dans la tour (selon leur part proportionnelle en mètres carrés dans le bâtiment d’origine).
Décision de la Cour suprême : le contrat de bail détermine l’étendue des droits
La Cour suprême examine la question de l’étendue des droits conférés par un contrat de bail à long terme et établit une règle claire :
La formulation et les dispositions du contrat de bail spécifique détermineront la nature et l’étendue des droits revenant aux locataires – et en particulier concernant la question des droits de construction futurs.
Dans le cas présent, après analyse des termes du contrat de bail, la Cour suprême a statué que :
Le contrat de bail n’accordait pas aux locataires une quelconque part dans les droits de construction futurs.
L’objet du contrat et ses dispositions se référaient uniquement à l’usage et à la détention de l’appartement spécifique, et non à la pleine propriété du terrain et des droits de construction supplémentaires qui en découlent.
Par conséquent, les locataires n’ont pas droit à une part proportionnelle des droits de construction de la nouvelle tour, mais uniquement à une solution préservant la superficie de leur appartement d’origine.
Implications pratiques et conséquences sur le renouvellement urbain
La décision de la Cour suprême comporte des implications importantes pour les acheteurs d’appartements, les locataires, les promoteurs et les avocats dans le domaine de l’immobilier et du renouvellement urbain :
Il ne faut pas se fier uniquement à la durée du bail : même un bail de 999 ans ne se transforme pas automatiquement en pleine propriété.
Importance de la formulation du contrat de bail : il convient de vérifier attentivement si le contrat comprend une référence explicite aux droits de construction futurs, à la possibilité de démolition et de reconstruction, et à la répartition des droits en cas de modification du plan d’urbanisme.
Vérification diligente (Due Diligence) dans les transactions immobilières : lors de l’acquisition d’un bien loué pour une longue période, il est obligatoire de vérifier le contrat de bail original enregistré au cadastre et de ne pas se contenter uniquement de l’extrait cadastral.
Questions fréquemment posées (FAQ)
Un bail de 999 ans est-il considéré comme une propriété au cadastre ?
Non. D’un point de vue d’enregistrement et juridique, un bail est un droit de location étendu (bail à long terme). La propriété reste entre les mains des propriétaires fonciers enregistrés, sauf accord contraire explicite dans le contrat.
Qui a droit aux droits de construction futurs sur un bien loué ?
Les droits de construction futurs appartiennent en principe aux propriétaires du terrain, sauf si le contrat de bail stipule et convient expressément que ces droits sont transférés au locataire.
Que se passe-t-il en cas de rénovation urbaine ou de renouvellement urbain dans un appartement avec un bail de 999 ans ?
L’étendue de la compensation que le locataire recevra dans le projet (un nouvel appartement de superficie identique ou une part des droits de construction supplémentaires) dépend de la formulation exacte du contrat de bail historique.
Conclusion
La question de savoir si un bail de 999 ans équivaut à un droit de propriété a reçu une réponse sans équivoque dans la jurisprudence de la Cour suprême : la durée du bail n’efface pas les termes du contrat.
Les propriétaires, les locataires et les promoteurs qui gèrent des projets de renouvellement urbain ou des transactions sur des biens immobiliers loués doivent effectuer une analyse juridique approfondie des contrats de bail afin d’éviter des litiges coûteux à l’avenir.
Cet article est fourni à titre informatif uniquement et ne constitue pas un conseil juridique.







